Samedi 12 avril 2008
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Voici la suite de l'histoire du rock, libre traduction des textes de Piero Scaruffi, journaliste italien dont voici le lien pour le site
http://www.scaruffi.com/fmusic.html .
Nous nous étions arrêtés à Buddy Holly, voici quelques éléments de réflexion sur l'évolution du rock à cette époque avec quelques illustrations ajoutées par mes soins.
Lentement mais sûrement, cette nouvelle génération de rockers blancs renversa deux habitudes de l'industrie discographique.
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Premièrement, la guitare prit le dessus sur le piano (normal, non?).
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Deuxièmement, les chanteurs se mirent à chanter leurs propres chansons. Depuis le début de l'industrie phonographique, des auteurs professionnels écrivaient les hits à chanter
pour les chanteurs pop,(accompagnés de musiciens anonymes). Les rockers noirs, inversement, écrivaient la plupart des titres qu'ils interprétaient. Les auteurs pop étaient pour la
plupart pianistes: ils composaient une chanson sur le piano, et ensuite écrivaient les arrangements pour orchestre. Les rockers noirs composaient à la guitare, comme l'avaient
toujours fait les bluesmen, et en savaient trop peu sur les autres instruments pour arranger leurs compositions pour un orchestre (de plus ils utilisaient des accords plus simples).
De fait le rock'n'roll devint un genre basé essentiellement sur la guitare. Par conséquent la formation naturelle pour le rock fut un petit groupe à la place d'un orchestre. Le rock
mettait l'accent sur le rythme et non sur l'harmonie.
La guitare devint rapidement une part essentielle du personnage: pendant que les chanteurs pop se débrouillaient avec leur micro, les rockers étaient censés tenir une guitare (même si la
plupart des rockers blancs ne savaient pas en jouer).
Leurs chansons avaient aussi évolué. Les chanteurs populaires se concentraient sur des valeurs universelles ou des sentiments: chaque histoire reprenait les mêmes thèmes éternels (l'amour par
exemple) de la littérature occidentale; les rockers noirs venaient d'une tradition plus réaliste: les bluesmen chantaient la vie dans la plantation, en prison,dans la rue, dans le ghetto. Les
rockers noirs perpétuaient cette tradition, sauf quand leurs histoires se déroulaient dans un milieu moderne qui rencontrait les expériences personnelles de la jeunesse blanche des USA.
Le rock'n'roll était, de bien des façons, le sous-produit de changements qui touchaient la société US: l'éducation de masse avec un système scolaire public (qui mettait les enfants de la même
communauté en contact journellement), la diffusion élargie de la radio, les juke-box et les 45 tours, la société de consommation(qui donnait aux ados une certaine indépendance financière grâce à
leurs parents), le développement de l'intégration raciale (qui permettait aux enfants blancs d'adopter les attitudes plus libertines des noirs). La révolution sexuelle avait peut-être démarré
avant le rock'n'roll, mais le rock'n'roll devint sa bande-son. En 1955 la société appliqua les règles capitalistes du marketing de masse à ce nouveau produit, reconnaissant ainsi son existence.
Le rock'n'roll devenait ainsi une inévitable synthèse de la civilisation US des années 1950.
Le son du rock était très différent du son traditionnel de la musique populaire. Les styles sentimentaux, tragiques et comiques devenaient érotiques, violents et sarcastiques. C'était la vision
des teenagers sur le monde.
Le rock était révolutionnaire à plusieurs niveaux. Il venait de petits labels indépendants (plus que des grandes corporations). Il ridiculisait les stars et les sons (et, indirectement, le style
de vie) de l'establishment. Il établissait un pont entre les publics noirs et blancs. Il inventa la notion de jeunesse rebelle. Tout ceci était très déstabilisateur.
Les puritains avaient raison quand ils prétendaient que les rockers (en s'appropriant la gestuelle du strip tease, et la «sauvagerie» des noirs) incitaient les ados blanc à devenir des criminels
et les filles des prostituées. C'était leur manière de clamer le sentiment d'indépendance d'une génération.
A travers le rock'n'roll, les jeunes commencèrent à se chercher une identité, une quête qui continuerait des décennies, en même temps que l'évolution de la rock music.
Il y avait déjà eu des signes de mécontentement et de révolte au sein de la société capitaliste (les beatniks en littérature par exemple, c'est miss beatnik 1959 en photo...)) mais ils
n'avaient pas touché les masses. Le pouvoir «révolutionnaire» du rock dépassait de loin ceux des mouvements culturels précédent. La musique devint le stade terminal d'un processus: de l'aliénation
sociale à l'aliénation musicale puis à la révolution musicale et à la révolution sociale. La musique devenait plus qu'un loisir. La musique devenait plus qu'un langage universel. La musique
devenait plus qu'un vecteur de messages. La musique devenait un outil révolutionnaire pour la jeunesse des USA (à mon avis Mr Scaruffi ne fume pas que de la moquette, Lénine et Le rock même combat?
Le débat est ouvert...).