Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 00:00

collins-corbis-530-85.jpg

 

 

Donc bonne année à tous.

Je souhaite à tous et toutes une bonne santé, une année pleine de bonheur et de surprises agréables.

 

Aujoud'hui, je vais évoquer un très grand Monsieur du blues électrique, Albert Collins.

Né le 03 octobre 1932 à Leona au Texas, il est décédé Las Vegas le 24 novembre 1993 des suites d'un cancer.

 

Ce grand (au propre et au figuré) guitariste jouait en open tuning de rém (pour les connaisseurs) et positionnait son capodastre entre la case 5 et 9 de sa télécaster.

De fait il n'utilisait qu'une petite partie du manche, difficile pourtant de trouver son jeu limité !

Il portait sa guitare avec la sangle en bandoulière sur l'épaule droite et jouait sans médiator utilisant ses doigts pour travailler son ''Ice Picking''.

 

 


 

 

Il proposait un blues teinté de soul et de funk parsemé de nombreux instrumentaux car il se considérait comme un guitariste plus qu'un chanteur (après avoir débuté au piano).

Accompagné de cuivres et d'un orgue hammond dont il adorait les sonorités, il adorait descendre dans la salle avec un jack de 30m et il lui arrivait même de sortir de la salle pour faire le bœuf avec un passant dans la rue au grand malheur de ses musiciens qui devaient faire tourner la machine pendant ce temps.

  albert.jpg

On le voit même quitter une salle de concert (Biddy Mulligan’s à Chicago) tout en continuant de jouer, monter à bord d’un autobus de la ville qui fait un arrêt en face du club, s’asseoir pour exécuter un petit solo. Le chauffeur, époustouflé, immobilise son bus le temps que Collins finisse cet impromptu… et regagne la scène.

Un autre tantôt, toujours en jouant un solo hypnotiseur, il emprunte un corridor et disparaît. Mais on l’entend encore. Il revient sur scène et, quelques minutes plus tard, un livreur arrive avec une grosse pizza. Grâce à un passage adjacent, il avait rejoint une pizzeria et passé sa commande, tout en jouant, avant de rejoindre son band pour finir la chanson. C’était au Antone’s Austin Home of the Blues, au Texas.

http://exruefrontenac.com/spectacles/blues/22315-blues-albert-collins

 

 


Ici avec Duke Robillard (le complice d'Al basile entre autres) et Debbie Davies dont il sera question un peu plus loin.

 

 

 


 

Albert fait encore partie, presque vingt ans après son décès, des musiciens exceptionnels nantis d'une personnalité forte, dont on reconnait immédiatement la patte dès les premières notes. A cet effet, Gary Moore à qui un journaliste demandait s'il n'était pas trop difficile, pour un guitariste comme lui, de jouer avec un guitariste de Blues à la technique limitée, répondit sèchement à peu près dans ces termes : "La technique n'a strictement rien à voir ! Toute la technique du monde ne m'aiderait pas à atteindre le feeling que peut dégager un artiste tel que Collins. On peut acquérir de la technique, jouer très vite, mais ce n'est pas ce qui permet d'acquérir le feeling. (.../...) Comment peut-on penser de telles choses ?"

 

C'est après avoir vu Gatemouth jouer sur une Fender Esquire qu'il adoptera ce modèle, auquel il rajouta un Humbucker en position manche (L'Esquire est une Telecaster avec un seul micro, simple mais puissant, placé en position chevalet). A cette époque, très peu de bluesmen utilisaient ces modèles généralement assimilés à la Country.

 

AlbertCollinsFenderTelecaster-copie-1.jpg

 

Vous pouvez vous la procurer ici (attention çà douille!) link

 

Le diapason étant raccourci par le capodastre, les notes perdent en sustain, au profit d'un son plus sec et claquant. Le style est nerveux et cinglant, avec une puissance sous-jacente. Un sustain travaillé aux doigts, en triturant avec force et vivacité ses cordes (bend, vibrato). D'où un jeu inimitable donnant une impression de puissance naturelle (pas d'autre effet qu'un peu de réverbe de l'ampli) et de vitalité, qui font penser à un diable coquin sorti de sa boîte. Collins avait fait remplacer le micro manche par un Humbucker pour avoir plus de puissance, et réduire les fréquences parasites. La voix n'est pas en reste. S'il n'est pas à proprement parler un de ces fameux blues-shouters (il a d'ailleurs longtemps hésité à chanter), si son registre est certes un peu limité, la force, la conviction et la sincérité qu'il met dans son chant profond, grave, légèrement éraillé et chaleureux, permettent de séduire aisément l'auditeur le plus pointilleux.

http://ledeblocnot.blogspot.com/2011/11/albert-collins-collins-mix-1993-by.html

 

 


 

 

Albert faisait partie aussi de ces ''passeurs'' du blues qui n'étaient jamais avares de conseils ou de coups de pouce pour la jeune génération.

Voici quelques témoignages extraits de l'ouvrage ''Children of the blues'' de Art Tipaldi (en anglais).

 

children-of.jpg

Tout d'abord Ronnie Baker Brooks, fils de Lonnie Brooks et très bon bluesman lui-même : ''Je me souviens d'Albert comme d'un membre de la famille.Après mon père, il est sans doure le seul autre gars qui m'aie vraiment, vraiment touché. D'autres musiciens m'ont impressionné, mais Albert m'a donné cette étincelle qui m'a mené un cran plus haut. Mon père m'avait formé et donné l'envie, Albert m'a donné la confiance en moi.

Ronnie a sa propre histoire de headcuttin' avec Albert (les headcutters, les coupeurs de tête, c'était à l'origine l'équipe de Muddy Waters qui se produisait dans les clubs de Chicago comme invités et qui prenaient ensuite le contrat avec le club de leur hôte car ils étaient meilleurs, le terme est resté pour des joutes entre musiciens).

Il avait toujours voulu faire le bœuf avec Albert mais n'en avait jamais eu le courage. Un jour, invité par le pianiste il joue aux dés backstage avec toute l'équipe, d'abord pour des médiators puis pour de l'argent et pique ainsi pas mal d'oseille à Albert ;

A la fin du show Albert l'invite sur scène pendant qu'il joue son célèbre instrumental et lui dit, vas-y frèrot, envoie ton solo. Ronnie raconte qu'il donne tout ce qu'il a puis Albert arrive, joue une seule note (mais quelle note) et le cloue au pilori comme un guitariste à deux balles qu'il devenait pour tout le monde. Ronnie le regarde et voit dans ses yeux ''Je t'ai eu !''

Après le concert Albert vient le voir et lui dit ''Tu comprends, petit, quelqu'un devait te remettre à ta place, tu m'avais piqué tout mon fric !''.

 

 


 



Sherman Robertson ''Quand j'avais 12 ans Albert jouait à deux pâtés de maison de chez moi, un club appelé Walter's Lounge. J'y allais en vélo le dimanche et je collais mon oreille contre les murs pour l'écouter. Il avait déjà cette télécaster qui sonnait comme elle a toujours sonné. Il m'a laissé taper le bœuf quand j'avais 13 ans.

Albert avait une façon bien à lui de partager la scène ; Il vous invitait, vous laissait jouer tout votre solo puis revenait devant et vous désintégrait en quelques notes !

Sa fameuse phrase ''take your time, son'' (prends ton temps fiston) était vraiment un grand conseil et je ne me suis mis à bien jouer que quand j'ai su le mettre en pratique. Quand j'ai commencé à jouer, la vitesse était le truc, tout le monde voulait jouer à fond les manettes. Puis j'ai entendu ''take your time son'' ; ce qu'il essayait de dire c'était prends ton temps sinon tu vas vite brûler. Cela prend des années pour trouver les bonnes notes. Il m'a fallu plus de 15 ans pour comprendre qu'il n'en fallait que deux ou trois mais placées au bon moment.

 

Albert_Collins.jpg

 


Jimmie Vaughan : ''Je me souviens de son honnêteté dans son jeu. Il était un gars adorable au civil. Mais sur scène, il pouvait te massacrer sans que tu n'aies la moindre chance. Albert t'apprenait par l'exemple. Il te laissait t'exprimer, mais quand il attaquait son solo c'en était fini de toi. Il n'y avait rien à faire à part sourire niaisement.

 

 


 



Debbie Davis : Debbie a tenu pendant trois ans la guitare rythmique au sein du groupe d'Albert avant de faire carrière en solo..

''Il était mon mentor mais aussi ma source constante d'inspiration. Je lui montrais toujours mes nouveaux riffs ou mes nouvelles chansons ; albert est né dans le sud avant le mouvement pour les droits civiques ; il a grandi sans argent et sans famille qui puisse lui payer un instrument ou des leçons. Il a bossé très longtemps la journée pour être musicien le soir ; quand il a pu vivre de la musique, il l'a vraiment apprécié à sa juste valeur et en était reconnaissant. Cette gratitude transparaissait dans la chaleur de ses relations avec les autres.

Je n'avais jamais jamais joué dans un tel groupe avant. C'était énorme ! Il y avait tant d'énergie ! J'ai aussi observé comment Albert tenait le coup même quand la route devenait vraiment éreintante et dure, quoi qu'il en coûtât il trouvait toujours l'énergie pour le concert. Il sortait çà de ses tripes chaque soir. C'est ce qui m'a le plus frappé en travaillant avec lui, cette capacité à puiser tout au fond de lui-même et sortir au bon moment cette incroyable énergie.

 

Albert-Collins-1979.jpg



Coco Montoya : ''Albert fut vraiment comme un père. Je dis souvent : j'ai eu deux pères et je suis béni pour çà. Les cadeaux qu'ils m'a offert sont l'âme, la compassion, la confiance en moi-même, la foi en la musique, et la persévérance. Je l'ai vu être fort dans l'adversité et je l'ai vu faible aussi''.

 

Sa première rencontre avec Albert remontait à 1971 quand Coco était allé voir le Buddy Miles Express au Whiskey'a-Gogo. Collins était dans le public et offrit à Montoya de l'emmener en coulisses pour rencontre les musiciens. Après le spectacle il est allé chez Albert, ils ont bu quelques bières, joué de la guitare aux dominos et parlé jusqu'à 6 heures du matin.

Lors de leur rencontre suivante Coco qui était alors batteur avait prêté sa batterie au groupe d'Albert et était devenu furieux en s'apercevant lors de son concert suivant qu'elle avait été installée différemment et pas remise en place. Au courant de l'histoire Albert avait appelé pour s'excuser et avait été si gentil que Coco leur avait laissé utiliser la batterie à nouveau.

Il était même allé les voir jouer et Collins l'avait invité à jouer avec eux.

Quelques mois plus tard Collins aura besoin d'un batteur, il se souviendra de Coco et lui proposera la place que ce dernier acceptera.

 

coco-albert.jpg

Il raconte que des années plus tard quand il tenait alors la guitare rythmique il lui suffisait de tourner le dos un instant et quand il faisait volte face il y avait un gars invité sur scène et Albert qui le regardait en lui disant '' je lui ai dit qu'il le pouvait''. Albert ne disait jamais non.

''C'était vraiment un être humain extraordinaire. Noir et issu d'un des coins les plus pauvres qui soient, il y avait peu de chances qu'il devienne l'homme qu'il a été, et c'est vraiment étonnat, composer avec le racisme qui a entouré sa jeunesse, comme pour chaque noir, et d'être l'homme qu'il était. Il aimait tout le monde. Il pouvait s'asseoir au bar après un concert et discuter avec les poivrots avec toute la patience du monde''.

 

Le témoignage de Coco Montoya est vraiment très émouvant mais aussi serait un peu long à traduire en intégralité, je vous retranscris donc cette dernière évocation.

''Quand j'ai quitté la formation d'Albet, je me suis installé à Seattle en pensant que ma carrière allait décoller. Je suis tombé de haut. Je me souviens d'Albert qui était venu en ville et lu et moi on discutait le bout de gras chez Denny's où on avait nos habitudes ; J'essayais de lu raconter des bobards ; J'étais un gamin, désorienté, sans un rond et je vivais dans mon van. Il m'a regardé et il a dit ''t'es juste un gars qu'il fait ce qu'il a à faire. Tout le monde fait des erreurs. Il a envoyé la main à la poche, m'a donné 200 dollars et m'a dit ''utilise cet argent pour rentrer chez toi et te refaire une santé pour reprendre pied.''

 

Eh les gars je vous ai trouvé un boeuf Albert Collins, alors accrochez vous, çà dépote vegra!

 

 


 



Bref en dehors d'être un bluesman exceptionnel, Monsieur Collins était vraiment un grand homme.

Pour sa discographie bien sûr Ice Pickin' chez Alligator.

Albert-Collins-Ice-Pickin-Delantera.jpg

 

J'ai un faible pour le live 92-93 avec les IceBreakers

 

live-92.jpg

 

Le Deluxe edition est une compil sympa pour aborder l'univers du master of Telecaster

Albert-Collins---Deluxe-Edition-1997.jpg

 

enfin Showdown sur Alligator avec Robert Cray et Johnny Copeland qu'il enfume en toute amitié...

 

Showdown.jpg

Mais pleins d'autres sont super...

 

Dans le prochain article je vous donnerai plus d'infos sur la reprise des conférences blues à Vitrolles en février.

D'ici là bonne écoute en compagnie de Monsieur Albert



 

Par pilogue - Publié dans : bluesmen
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Recherche

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés