Lundi 27 février 2012 1 27 /02 /Fév /2012 00:00

Mais tout d'abord, une nouveauté, je viens de démarrer un site consavré à mes activités de musicien et donc au groupe Pilogue.

Vous y trouverez de la musique à écouter, des photos, les dates de concerts etc...

Vous avez le lien dans la colonne de droite ainsi qu'un lien vers le site d'Olivier bassiste et luthier

 

Pour ceux qui connaissent Loic (Pilogue junior, 14 ans) voici une vidéo de ce week end à Martigues, Big Boss Man de Jimmy Reed.

 

 

Bon d'accord c'est tout bleu (blues?) et le son est d'époque, mais plus tard il sera donc obligé d'inviter lui aussi son vieux père quand il remplira Bercy (ou le bar des sports, çà le fera quand même)

Plus de photos (si j'y arrive sur le site dont au sujet duquel il était question plus haut.

 

Revenons à Robert Johnson. (extrait du bouquin de Elijah Wald intitulé Escaping the Delta, trad Pilogue)

 

 

Johnson avait apparemment prévu de jouer un break instrumental après cette strophe (la troisième), puis de finir avec les deux derniers couplets. Malheureusement, il était très inexpérimenté en matière d'enregistrement et n'avait pas correctement minuté sa prestation. Le couperet des trois minutes était proche, et il a du terminer la chanson un peu avant la dernière strophe ; A la seconde prise, il résolut ce problème en virant l'instrumental et en accélérant le tempo, ce qui lui donna le temps de tout enregistrer.

Je vous rappelle que vous pouvez écouter les deux versions à la suite  en consultant l'article précédent.


Il est intéressant de comparer cette prestation à celles qui allaient suivre. Assis devant un micro pour la première fois, Johnson est évidemment nerveux, écorchant quelques plans de guitare et sonnant un peu hésitant par endroits. La structure soigneusement orchestrée de Kind Hearted Woman dissimule beaucoup de cette nervosité, mais l'empêche aussi de se détendre. Il était en général demandé aux artistes de blues d'avoir au moins quatre titres originaux prêts à être enregistrés, et Johnson démarrait clairement avec le morceau le plus arrangé et le plus ''dans le coup'' de son répertoire. C'est l'arrangement le plus varié qu'il ait jamais enregistré, et c'est sans doute pour cela, autant que pour sa nervosité, qu'il sonne si précautionneux voire raide par moments.

On le remarque particulièrement quand il chante le falsetto ''oooh'' dans la seconde strophe:il a décidé ou et quand l'interpréter exactement et de la manière qu'il veut, et le place au même endroit dans les deux prises de manière chirurgicale. Dans la seconde prise, il est un peu plus détendu, et ajoute une légère inflexion au mot ''love'' dans la ligne de la dernière strophe, mais -sans doute parce qu'il a baissé sa guitare d'un demi-ton- il n'a pas la même intensité dans le falsetto.


L'un dans l'autre, c'est un enregistrement admirable, mais il y a des points d'amélioration, et même quelques unes de ses qualités révèlent plus de professionnalisme que de talent ; Il y a du soin apporté à l'ensemble qui tient la route, une tentative assumée de présenter un produit fini qui réponde aux tendances du moment. Ce n'était pas un mince exploit, puisque ces tendances étaient basées sur des duos piano et guitare et étaient animées par de talentueux auteurs compositeurs. La chanson a toutes les caractéristiques d'un travail urbain (en opposition à rural ) et professionnel, pas le genre de musique qui aurait déchaîné un bar de campagne, et si le jeu de Johnson peut paraître parfois hésitant, sa voix possède le son régulier et profond de l'école Carr. Il n'a pas tout à fait son style cool et crooner, mais s'en sort admirablement bien pour un gars qui se voit offrir sa première chance face à un micro.

 

 

 

 

 

Bien que Carr ait été une influence évidente, le choix des titres pour ces sessions montre une dette encore plus directe envers Kokomo Arnold.

James Arnold était un des plus spectaculaires guitaristes des débuts du blues, un maître du jeu en slide, qui déroulait des phrases ciselées et vives comme l'éclair dans des contre-chants impressionnants face à ses vocaux puissants. Originaire de Géorgie, il avait passé du temps à New-York, dans le Mississippi et à Memphis avant de s'établir à Chicago, où il gagnait sa vie comme bootlegger et musicien des rues. Il devint une star en 1934, en enregistrant '' Milk Cow Blues'', qui serait imité par tout le monde depuis Memphis Minnie et Josh White jusqu'aux Bob Wills's Texas Playboys et même Elvis Presley, et enregistra 75 titres supplémentaires au cours des quatre années suivantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le pont de quatre lignes dans ' Kind Hearted Woman' était basé sur un motif qu' Arnold avait présenté dans '' Milk Cow Blues'' et les deux chansons suivantes de Johnson furent deux pastiches du travail d'Arnold. C'est peut être juste une affaire de goût, ou alors cela révèle des connexions entre les deux hommes. Bien que les dates ne soient pas certaines, Arnold semble avoir passé pas mal de temps à jouer à Memphis et Jackson vers le milieu des années 30,

 

DowntownMemphisLate1930s_big.jpg

Memphis dans les années 30

 

et Johnson pourrait bien avoir traîné dans le coin et appris ces titres directement de l'artiste. Bien qu' Arnold ait sorti une vingtaine de disques au moment où Johnson enregistre, les phrases que Johnson utilise proviennent des trois premiers, et il se pourrait bien qu'ils aient été les favoris d'Arnold et que Johnson les ait repiqué lors der concerts(il se peut aussi que ces disques aient été les seuls disponibles au moment où Johnson traversait sa phase Kokomo).

 


Une chose étonnante à propose de ces trois premières adaptations d'Arnold, c'est que Johnson a choisi de ne pas utiliser de bottleneck. Ceci sans doute(comme la plupart des musiciens modernes) parce qu'il était intimidé par la vélocité et la précision du jeu d'Arnold. Johnson était un spécialiste du slide mais dans le style country blues du Delta, et sans doute un musicien plus habité qu'Arnold, mais il n'approcha jamais la vitesse qui reste la caractéristique essentielle d'Arnold. Il y a une énergie anarchique dans le jeu de ce dernier qui le rend inimitable, et bien que ''I believe i'l dust mu broom' et 'Sweet home Chicago', les deux titres suivants de cette session soient devenus les plus repris du répertoire de Johnson, aucun ne possède la sauvagerie et la virtuosité instrumentale des originaux dont ils s'inspirent. Paradoxalement c'est sans doute pour cela qu'ils continuent à être repris.

 

J'espère que cet article vous aura mieux permis de comprendre à quel point le blues est une musique née d'une évolution permanente , d'une succession d'emprunts et d'adaptations en foction du contexte et de l'interprète.

N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et suggestions

A bientôt



Par pilogue
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